Bien le bonsoir ! Article spécial qui va porter sur une sorte de heu… mise au point ? Je n'aime pas trop ce terme, ça ressemble à une sentence. Mais je vous rassure tout de suite, ce n'est nullement le cas ! Heu… Bon, et si on démarrait ?
Tout d'abord, je voulais vous parler de Eros et Thanatos qui sera sûrement remis en ligne tantôt. Les résultats du concours tremplin Balck Moon sont normalement pour bientôt. Si je ne figure pas parmi les cinq finalistes, je remettrai en ligne le roman avec, en plus, une scène ajoutée !
Enfin, j'aimerai vous parler d'un petit livre qui me tient à cœur. Chassé-croisé en est le titre, il détient au compteur 103 pages, ce qui est peu, je le concède, mais toutes ont été rédigées dans le courant de septembre (du premier au trente, pour être précise). Une aventure d'écriture haletante.
Sur quoi porte cette histoire ? Sur plusieurs sortes d'aventures de dix points de vue différents. On a Amedeo, un détective qui a recueilli il y a deux ans Darkie, un gamin dont il ne connaît pas le visage, Aylce, une dullahan à la recherche de son corps, Célie, un infirmier au cœur d'artichaut, Brahim, un cancéreux au caractère exécrable, Kate, une jeune fille à la santé fragile, Tina, une vieille femme de quatre-vingt ans, Jacobs, un adolescent télékinésiste qui rêve de devenir pâtissier, Nelson, un garçon qui aime jouer au basket et Olivier, un épicier.
Autour d'eux gravitent d'autres personnages, mais ils ne parlent pas à proprement parler (sauf Giani, un SDF à qui les personnages viennent confier leurs problèmes). En effet, chaque personnage à sa voix à donner dans des chapitres à la première personne du singulier. Voici le début du livre :
Mai 2013, par un beau matin, ensoleillé,
un ciel dépourvu de tout nuage. 7h, l’heure de l’éveil, l’heure du
déclenchement de l’histoire. Chut… Les personnages vont commencer.
Amedeo abattit son poing sans délicatesse
aucune sur son réveil. Il maugréa un moment, enfoui sous ses couvertures bien
chaudes. Cette fichue sonnerie avait le don de tirer du sommeil en
sursaut ! Repoussant les couvertures, le jeune homme bâilla et s’étira
longuement avant de se diriger d’un pas de somnambule hors de sa chambre.
-
Darkie,
c’est l’heure, grommela-t-il en frappant à la porte de l’enfant, située en face
de la sienne.
Célie se glissa doucement hors des bras
de Bonie pour ne pas la réveiller. Non par gentillesse, mais subir son babillage
incessant dès le réveil, non merci ! Il piocha quelques vêtements dans son
armoire puis jeta un coup d’œil à son horloge mural. Un juron fleurit lui
échappa en constatant son retard et il se hâta vers la salle de bain.
Kate poussa un soupir de bien-être quand
elle sentit l’eau chaude de la douche couler sur son corps et chasser de son
esprit les dernières brumes de sommeil. Sommeil dû encore une fois à ses
somnifères. La jeune femme chassa de sa tête ses problèmes de santé pour se
concentrer sur ce moment vivifiant. A tâtons, elle chercha son gel douche. Elle
s’en saisit, l’ouvrit et le porta à son nez pour se laisser envahir par la
douce odeur de vanille.
-
Nelson, tu
vas finir par être en retard en cours ! pesta Olivier.
Un grognement lui répondit. Peu
convaincu, le père de famille, bien décidé à déloger sa larve de fils,
l’attrapa par un pied qui dépassait du lit et tenta de le tirer. Mais
l’adolescent parvint à se dégager et à regagner le couvert protecteur de la
couette. Olivier poussa un soupir, les mains sur les hanches.
-
Monsieur
Auteuil, je vous apporte votre petit-déjeuner.
Brahim grogna dans son sommeil. Il aurait
souhaité tourner le dos à l’intruse, mais cette dernière était déjà en train de
relever le lit pour qu’il puisse s’asseoir et manger convenablement.
L’infirmière déposa son plateau sur ses genoux.
Jacobs mordait à pleine dent dans sa
tartine de Nutella sans faire attention aux informations que diffusait la
radio, entièrement plongé dans la leçon de sciences physique qu’il tentait en
vain de retenir. Oui, bon, sa mère n’avait pas arrêté de lui dire la veille
d’apprendre sa leçon, mais il avait d’autres choses à faire. Terminer son
dernier jeu vidéo par exemple.
Tina chantonnait gaiement devant sa
glace, tout en faisant glisser délicatement sa brosse dans ses cheveux blancs
tout bouclés et tout vaporeux, dû au shampoing de la veille. Elle sourit à son
reflet avec conviction.
-
Ma petite
vieille, tu as toujours aussi bonne mine !
Gianni était assis sur son banc. Il
l’était toujours, d’ailleurs, qu’importe le temps, l’heure ou le jour, il se
trouvait là, dans ce parc boisé, à cet emplacement précis. Il jeta un regard
embarrassé à Aylce qui pleurait depuis des heures à ses côtés.
-
Faut me
comprendre, je n’en peux plus ! hoquetait-elle. Des semaines entières se
sont écoulés depuis que je l’ai perdu !
Bon bah, puisqu’il n’avait pas le
choix…
Gianni se leva.
Puis Amedeo prend la parole et l'histoire démarre. Chaque personnage intervient à tour de rôle pour construire le roman et lui donner vie. Il y a aussi quatre lettres qui s'introduisent dans le récit. L'une d'entre elles, la dernière, vient d'ailleurs illustrer le titre.
Je ne peux pas vraiment résumer ce récit sans vous en dévoiler une partie, donc, pour conclure, je vous livre un dernier extrait qui, je l'espère, éveillera votre intérêt !
Amedeo Kea
-
Bonjours,
vous pourriez m’aider à retrouver mon corps, s’vous plaît ?
Je pensais pouvoir dire, sans me vanter,
que j’avais déjà vu et vécu beaucoup de choses malgré mon âge. Entre ma mère
qui m’avait abandonné à la naissance, les dettes monstrueuses de mon père, mon
passage dans un centre de correction, mon adoption aux alentours de seize
balais et autres joyeusetés sur lesquelles je passerai, oui, à vingt-quatre
ans, peu de personnes pouvaient affirmer avoir fait tout ça.
Mon nom, Amedeo Kea, le prénom que m’a
donné mon père, le nom de famille de mes parents d’adoption. Et, sur le pas de
ma porte, Gianni Prochenzo, le SDF du coin, celui qui fréquente le parc Van
Gogh. A son air, je devinais qu’il n’avait pas quitté son banc pour une raison
quelconque. Il me tendait un sac d’où était sortie cette phrase curieuse et
dérangeante. J’hésitais à m’en saisir, mais Gianni ne me laissa pas le choix et
le fourra dans mes bras. Je poussais un soupir et lui fit signe d’attendre un
instant.
-
Darkie,
dépêche-toi, tu vas louper ton bus, grognai-je en entrant dans la cuisine.
L’enfant, attablé devant son bol de
céréales, ne me répondit pas, comme à son accoutumée. Il se contentait de
mâcher mollement sa nourriture lyophilisée que j’ai en horreur tout en
regardant des dessins animés débiles à la télé. Je retournai sur le pas de la
porte avec un tupperware en main.
-
Here, take
it. It should be enough for you this afternoon.
Il me remercia d’un signe de tête et d’un
sourire ; l’est pas bien bavard, lui non plus. Je le vis s’éloigner de son
drôle de pas feutré et refermai la porte. Darkie m’avait déjà chipé le sac et
s’employait à le fouiller.
-
Ame’,
m’appela-t-il.
Je m’accroupis près de lui, curieux de
voir ce que nous avait apporté le vieux Gianni. Si je puis dire… ça ne m’a
pas déçu.
-
Ah bah
enfin ! Non, mais vous aviez l’intention de me faire poirauter encore
longtemps là-dedans ! Mine de rien, il y fait chaud !
OK… Heu… Darkie tenait en main
une tête. Oui, une tête, vous avez bien lu. Je ne saisissais pas bien la
blague, là… Le visage était celui d’une jeune femme, approchant de la
vingtaine, je dirai, encadrés par des cheveux blonds cendrés ondulés. Ses yeux
verts dardaient sur moi un regard courroucé.
-
Jeu ?
suggéra Darkie avec le si peu de mots qui le caractérisaient.
Agacé, je me tournai vers lui. Ce gamin,
je l’avais trouvé, il y a quoi ? Deux ans ? Malade, à la rue. Depuis,
il vit ici. Je n’ai jamais réussi à lui arracher la moindre info à son sujet,
j’ignore à même son prénom ou son visage puisqu’il porte en permanence (même
pour dormir ou se laver, j’ai vérifié) un masque de Dark Vador.
-
Sûrement,
acquiesçai-je. Remets ça dans le sac et va chercher tes clics et tes clacs. A
cette heure-là, le bus est déjà passé, je t’emmène.
Mais Darkie ne m’obéit pas, détaillant la
tête. Il la posa sur le sol comme pour mieux l’étudier. L’intéressée ne
semblait d’ailleurs pas bien heureuse d’être l’objet de cette observation.
-
Non, mais
oh ! s’emporta-t-elle. Vous voulez me disséquer aussi ! Bon sang, je
me demande bien pourquoi ce clochard m’a amené là si vous n’êtes pas
fichus de me venir en aide !
C’est trop perfectionné pour être un
jouet, ça. Darkie, nullement surpris par la colère de la tête, l’avait reprise.
Il la logea dans le creux de ses bras et leva son visage sur moi.
-
Besoin
d’aide, me lança-t-il.
Tout être humain rationnel aurait déjà
balancé cette chose par la fenêtre en espérant ne plus jamais croiser son
chemin. Sauf que Darkie et moi, on se ressemblait assez à ce niveau-là :
on n’avait pas toujours des réactions dites normales. C’est pourquoi, cette
tête, on ne l’avait pas jetée, on n’avait pas hurlé, on ne s’était pas planqué
sous une table et on n’avait pas appelé d’exorcistes. Au lieu de cela, je
consultais l’heure dans une grimace.
-
Ton prof va
gueuler, Darkie.
Le gamin hocha la tête et partit chercher
son sac dans sa chambre. Je me retrouvais alors seul avec la fameuse tête qui
semblait bouder. Elle roula soudainement vers moi.
-
Je vous en
prie, aidez-moi ! me supplia-t-elle avec des yeux baignant de larmes. J’ai
perdu mon corps suite à un accident, je ne sais pas du tout où il peut
être !
-
Ton
corps ? répétai-je.
Oui, je parle avec une tête, rien de plus
normal. Bah, j’ai déjà vu plein de films d’horreur que plus rien ne m’étonne,
que voulez-vous.
-
Oui, mon
corps ! insista vivement la tête, visiblement ravie que je lui prête enfin
un peu d’attention. Je l’ai perdu !
-
Comment
t’as fais ton compte ?
Là, je vis la tête froncer les sourcils.
-
Mais… vous
n’avez pas peur de moi ? demanda-t-elle, apparemment froissée par ce
constat.
-
J’en ai vu
d’autres, éludai-je.
-
Alors ça,
c’est trop fort ! s’énerva-t-elle pour de bon. Je quitte l’Irlande parce
que je ne fais plus peur à personne, mais en France, c’est la même
rengaine ! Vous ne croyez plus aux fantômes, aux morts-vivants, aux
esprits et vous nous tournez en ridicule dans des films pathétiques ! Ah,
vive le 21ème siècle, bravo ! Si j’avais mon corps, je vous
applaudirais, tiens !
Darkie revint sur ces entres faits avec
son sac de cours. Je me redressai et saisis la tête pour la déposer sur la
table basse du salon.
-
Je conduis
le gamin à l’école et je reviens.
-
Hé, vous
n’allez pas me laisser là ! s’indigna la tête. Non, mais,
revenez !
Je refermai la porte sans prendre en
compte ses insultes. Darkie me tira par la manche pour que je me presse et nous
descendîmes jusqu’au parking dans un silence habituel. Nous nous installâmes
dans la voiture et je mis en marche le moteur.
-
Dullahan.
Je m’arrêtais dans ma manœuvre pour fixer
Darkie qui venait de prononcer ce mot. D’après ma mémoire, un dullahan était
une sorte de cavalier qui tenait sa tête sous son bras et qui répandait la
terreur autrefois en Irlande. Ils apportaient la mort et pouvaient posséder un
fouet créé à partir d’une colonne vertébrale humaine.
-
Tu parles
de notre invitée surprise, déduis-je.
Il acquiesça. Je soupirai et jetai un
coup d’œil à ma montre. Bon, de toute manière, les cours avaient commencé.
-
On remonte.
Je m'arrête ici. Je pensais éventuellement le mettre en ligne aussi. Qu'est-ce que vous en pensez ? Tout dépend de vous. Faites-moi vite savoir vos avis !
Marine Lafontaine