samedi 16 juin 2018

BENDY AND BORIS, CHAPITRE 29

Bien le bonjour, tout le monde !

Rien à vous signaler de particulier avec ce chapitre, alors je n'ai plus qu'à vous souhaiter à tous une très bonne lecture !





Figaro, d’aussi loin qu’il s’en souvienne, avait toujours connu la sécurité des bras de sa gentille maîtresse Minnie. Ce délicat chaton n’était pas sujet à la prudence. Pourquoi l’aurait-il, après tout, lui qui avait grandi dans un environnement serein et délicieusement doux ?
Ainsi, quand le surnommé Jackpot quitta la grotte pour explorer les abords de l’océan, il ne prêta pas le moins du monde attention à la sirène carnassière qui se trouvait juste à quelques pas de lui, complètement absorbé par son exploration des fragrances apportées par l’air iodé. C’est à peine, d’ailleurs, s’il réagit quand la main gigantesque du monstre s’approcha de lui dans l’intention de le saisir entre ses doigts calleux. Ce ne fut que lorsque son nouvel ami hurla son nom qu’il consentit à s’arracher à ses recherches olfactives.
Cuphead, en effet, à la vue de la menace imminente, bondit à découvert sans même réfléchir. Il saisit la pierre la plus proche qu’il balança contre la main de la sirène tout en hurlant le prénom du petit animal. Quand les yeux du félin se posèrent sur lui, il lui fit signe d’approcher tout en continuant à l’appeler d’une voix tremblante d’anxiété :
-       Viens là, p’tit gars !


Le chat poussa un miaulement plaintif et se précipita dans le refuge des bras du nervi du Diable en quelques bonds. Celui-ci le serra contre son cœur, soulagé à en crever. Cependant, le calme fut de courte durée. Furieuse que son amuse-gueule lui ait filé entre les doigts, la sirène poussa un rugissement inhumain et bondit en avant, le visage transfiguré par la haine et la faim.


Tétanisé, Cuphead ne put qu’observer la mort approcher. Heureusement pour lui, Félix n’était pas du genre à fuir devant la peur. Au contraire, l’écrivain adorait singulièrement se jeter face au danger. C’est pourquoi il bondit avec l’agilité d’un guépard, son sabre à la main. Sa lame trouva la chair de leur ennemie dans une épaisse et chaude gerbe de sang noir.
L’écrivain voulut reculer, mais son adversaire ne lui en laissa pas le temps. Un tentacule de la pieuvre située sur le sommet du crâne de la sirène claqua soudain dans l’atmosphère et vint s’enrouler autour de la taille du chat pour le soulever dans les airs. Cependant, l’aventurier n’était pas seul. Lorsqu’il avait vu son idole se jeter dans la bataille, le sang de Bendy n’avait fait qu’un tour. Il avait soulevé le plus gros rocher qu’il avait pu trouver et l’avait lancé de toutes ses forces. Son projectile se fracassa contre la joue de leur ennemie qui hurla à la mort. Mugman se jeta à son tour dans la mêlée. Il bondit et tira sans même prendre la peine de viser.  
-       Recule, monstre ! ordonna-t-il avant de lancer une seconde salve.


Boris, qui était demeuré à l’abri dans la pénombre de la grotte, se redressa violemment à la vue de son ami en première ligne.
-       Mugs ! Fait attention ! cria-t-il.
La main gauche de la sirène avait été gravement endommagée les attaques combinées du frère de Cuphead et de l’aventurier. Les fissures craquelèrent et devinrent béances. La chair, comme s’il s’agissait de roche, se brisa et les phalanges ainsi que la paume s’écroulèrent sur eux-même avant de disparaître dans le ventre avide de l’océan. Boris porta une main horrifiée à sa bouche. Mon dieu, mais quel était ce cauchemar… ?
L’entièreté de l’attention de l’apprenti mécanicien était portée sur le combat qui se déroulait à quelques pas d’eux, si bien qu’il ne remarqua pas son aîné à la démarche vacillante. Bendy, avec horreur, venait de se heurter à une paroi de la caverne, le souffle court. Il porta une main à son front où commençait à pulser l’insidieuse chaleur douloureuse. Quand il retira ses doigts, il constata qu’un filet d’encre imprégnait sa paume. Non… Non, non, pas maintenant !
Comme si l’Inkness allait écouter ses suppliques.
Un voile de brouillard s’abattit sur son regard alors que la fièvre prenait possession de ses membres gourds ; c’était à peine s’il parvenait à les mouvoir. Le goût si haï de l’encre avait envahi son palet. Le mécanicien tentait tant bien que mal de lutter contre les vertiges qui l’assaillaient, mais il ne parvenait même pas à décoller son dos de la paroi de pierre. Non, non, non… Il ne pouvait pas faire une crise, pas maintenant, pas alors que tous risquaient leur vie. Il voulait aider ! Il ne pouvait laisser cette affreuse sirène les blesser. Son frère, ses amis, son idole… 
Il devait les protéger ! Il le… devait…



Le malade se recroquevilla sur lui-même, masse pathétique de chair prise de convulsion. L’encre le recouvrait presque entièrement d’un linceul noir et gluant. Boris finit par le remarquer et il comprit instantanément de quoi il en retournait. Il se précipita vers son aîné, l’estomac broyé par l’inquiétude.
-       Bendy ? Tu vas bien ?
Le louveteau avança sa main, mais retint son geste juste avant que ses doigts n’entrent en contact avec la peau de son frère. Ce dernier venait de brusquement se redresser et de se tourner vers lui. Boris recula d’un pas, la gorge broyée par une vague de terreur. Qu’est-ce que… ? Il tenta d’appeler le mécanicien, mais sa voix n’était qu’un misérable filet de voix bafouillant. C… Cette chose… ce n’était pas Bendy ! Cette créature, ce ne pouvait pas être son frère !
Le monstre se détourna de lui dans une volte face. Sans plus lui accorder la moindre attention, il s’élança vers le champ de bataille où luttaient Félix et Mugman côte à côte. Alors que le benjamin de Cuphead balançait une nouvelle salve, l’écrivain fit sauter son arme dans sa main, prêt à repartir à l’assaut. Cependant, il fut interrompu dans son mouvement d’attaquepar une silhouette inconnue qui passa en coup de vent près de lui. Le nouvel arrivant se propulsa dans les airs d’une prodigieuse détente sous le regard stupéfait de l’ensemble des combattants.


Sa queue immense s’enroula autour du bras blessé de la sirène alors qu’il atterrissait dans le creux de son coude en grognant tel un animal enragé. Son ennemie, appréciant peu qu’un insecte ne lui grimpe dessus, leva sa main valide avec la ferme attention de l’écraser. C’était sans compter sur l’agilité de son adversaire. Ce dernier, d’un nouveau bond, se projeta sur l’épaule de la créature aquatique pour lui griffer le visage. La gueule de la sirène s’ouvrit largement pour laisser sortir un hurlement de fureur. Sans perdre un seul instant, le combattant poursuivit son assaut en mordant à pleins crocs le tentacule qui essayait de le déloger de son perchoir. Puis il descendit à quatre pattes sur le bras où il avait initialement débuté son ascension. Sa queue, affreux serpent animé d’une volonté propre, vint ceinturer le moignon de la sirène. Puis elle se contracta pour étreindre la chair jusqu’à la rupture.
Les fragments de sirène churent et éclatèrent la surface de l’eau. Le combattant dut effectuer de nouveau un de ses bonds prodigieux dont il avait le secret pour éviter de sombrer avec les membres épars de son adversaire. Il se ramassa sur lui-même puis se jeta en avant. Il parvint à atteindre le rivage, à quelques pas seulement de Félix qui dardait sur lui un regard éberlué. L’écrivain s’apprêtait à lui demander de décliner son identité quand le mystérieux nouveau venu se redressa. C’est alors qu’il comprit.
Il s’agissait de Bendy.


Il avait certainement doublé de taille. Ses membres, plus musclés, étaient rehaussés de redoutables ergots et de griffes. Entre ses crocs aiguisés sinuaient des filets épais d’encre. Sa peau toute entière, d’ailleurs, luisait, recouverte de cette même substance visqueuse qui semblait l’envelopper comme un costume. Et ses yeux… L’écrivain n’en avait jamais vu de pareils, plus sombres qu’une nuit sans lune, plus impénétrables qu’un puit sans fond.
Mugman et Cuphead, eux aussi, avaient identifié leur allié. L’aîné, les yeux écarquillés, ne parvenait pas à prononcer une seule parole, estomaqué par la vision de ce Bendy somme toute terrifiant. Néanmoins, son frère n’était pas d’accord, bien au contraire.
-       C’est tellement cool ! s’exclama-t-il.


Avant que son aîné n’ait pu le retenir, Mugman s’était avancé, le regard étincelant d’admiration.
-       Je ne savais pas que tu pouvais faire ça, confessa le jeune ingénu.
Le mécanicien se tourna vers lui. Son regard noir, dépourvu d’émotions, se posa sur le visage de son interlocuteur, comme s’il ne le reconnaissait pas.


Mugman, sous l’intensité de ces yeux semblables à deux gouffres, ne put s’empêcher d’avoir un mouvement de recul. Il tenta une plaisanterie pour détendre l’atmosphère soudainement chargée d’une tension sans précédent :
-       Bon sang, tu as un look un peu… effrayant.
L’instinct de grand frère de Cuphead ne fit qu’un tour. Il s’interposa entre Bendy et son benjamin, le bras tendu pour empêcher le malade de s’approcher de lui. De son autre main, il tenait fermement Jackpot contre sa poitrine. Jamais il ne se serait douté que Bendy était capable d’un tel prodige. Un rapide coup d’œil lui indiqua que Boris non plus ne semblait pas en revenir. Il ignorait ce qu’il s’était passé et, surtout, les conséquences de cette violente transformation. Nul ne savait si le mécanicien ne s’était pas fait engloutir…
-       B… Bendy ! l’interpella-t-il, maudissant intérieurement sa langue qui avait fourché. C’est vraiment toi ?
Pour toute réponse, la patte hérissée de terribles griffes s’avança vers lui. Cuphead sentit l’ensemble des muscles de son corps se tendre. Il ferma instinctivement les yeux, attendant l’affreuse brûlure des ongles aiguisés dans sa chair. Que ne fut pas sa surprise quand les doigts du mécanicien se perdirent dans sa chevelure. Avec un plaisir évident, le malade défit la chevelure élastique de son ami en passant énergiquement sa paume dedans.
-       Oh, regarde qui est en bas.
La voix, grave, presque rocailleuse, était bel et bien sortie de la gorge de Bendy, même si elle n’avait rien à voir avec celle que l’intéressé utilisait en temps normal.
-       Je suppose que cela explique ta tendance à l’emportement, enchaîna le malade. Tu n’as qu’une petite patience ! Ça fait écho à ta petite taille !
Sur ce trait d’esprit qu’il trouvait particulièrement hilarant, Bendy éclata de rire, les poings vissés sur les hanches. 



Consterné par son attitude, Cuphead ne trouva rien à répondre, contrairement à Mugman qui se joignit son ami dans sa crise d’hilarité. Il semblerait donc que Bendy ait conservé l’entièreté de sa raison ! Un soupir de soulagement franchit discrètement le seuil de ses lèvres. Au moins, ils n’avaient pas deux fronts à mener à la fois !
Le mécanicien contemplait ses paumes gigantesques, un sourire béat sur le visage. Il passa le revers de sa manche sur ses yeux pour essuyer l’encre qui obstruait sa vision.
-       J’espère que c’est réel, murmura-t-il dans un souffle.
Cuphead eut un violent sursaut quand ce chuchotement, pourtant infime, lui parvint. Il aurait souhaité demander de plus amples explications au mécanicien, mais il n’en eut pas le temps. En effet, ce dernier s’avançait déjà vers son adversaire tout en faisant craquer ses jointures, une expression carnassière gravée sur ses traits. Il pouvait se battre… Il allait se battre ! Il allait écraser cette fichue sirène ! En cet instant, rien n’aurait pu le rendre plus heureux. Il allait être utile à monsieur Félix, à son frère, à ses amis !
-       Désolé, mesdames, lança-t-il par-dessus son épaule, mordant. J’aurais adoré rester et discuter, mais je dois montrer à cette salope qui est le patron, ici. 



Et, sans ajouter un mot de plus ou ne serait-ce accorder une œillade à ses compagnons, Bendy se lança de nouveau dans son duel mortel avec la sirène.

dimanche 10 juin 2018

BENDY AND BORIS, CHAPITRE 28

Bien le bonjour, tout le monde ! 

Le truc pratique, quand fait des nuits de quatre heures, c'est qu'on se retrouve avec pas mal de temps libre ! Et comme vos réactions sur le dernier chapitre ont été plus que géniales, j'ai décidé de mettre mes heures de sommeil en moins à profit pour écrire le chapitre 28 des aventures de nos héros. 

J'espère que leurs péripéties vous plairont. Sur ce, je n'ai plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture !




Dans la grotte souterraine, au sein d’un lieu caché de tous, un groupe de cinq personnes (et un chat, tout de même, n’oublions pas le délicieux petit Jackpot) était en train de mener un débat houleux sur le meilleur moyen de dégager les rochers qui obstruaient son passage, chacun y allant avec sa méthode. Profitant de l’occupation de ses amis, Mugman avait fini par se détacher de l’assemblée pour s’approcher de leur obstacle. Ses yeux coururent sur la pierre, à la recherche de failles. Hum… Ça devrait le faire.
-       C’est bon, les gars, on s’y colle ! annonça-t-il, mettant fin au conciliabule. On va détruire ce mur en un rien de temps, hein, Cup ?
L’intéressé écarquilla les yeux, n’ayant pas envie le moins du monde être impliqué dans un acte quelconque qui impliquerait une nouvelle utilisation de son pouvoir. Son frère lui balança un immense sourire, totalement confiant et complètement ignorant des monstres qui détruisaient les entrailles de son aîné. Il lui donna un coup d’épaule en riant.
-       Faisons-le, frérot !
-       Heu, OK, parvint à balbutier Cuphead.
Son regard tomba sur ses doigts, ses doigts porteurs de ce don qu’il haïssait chaque jour davantage. Auparavant, il était si fier de ses rayons mortels… Il en avait usé et abusé, se délectant de ses capacités, confiant, régalien. Puis, il y avait eu cet horrible accident.
Sang, sang… Gerbe rouge, écarlate, flot qui inonde les pavés. Les yeux de sa victime qui se vident de leur vie.
Mugman !


-       Cup ? Tu es prêt ?
La voix de son cadet parvint à l’arracher à ses immondes réminiscences. Le nervi du Diable se rendit alors compte qu’il avait cessé de respirer. Il fourragea ses doigts dans la fourrure de Jacpot dans l’espoir que cela l’aide à réguler son souffle.
-       Je ne veux pas, OK ? cria-t-il en se détournant brutalement. Ma vision est toujours flou !
-       D’accord, d’accord, bon sang, marmonna Mugman qui se demandait ce qu’il avait encore fait pour mériter qu’on l’enguirlande.
Il s’avança sans plus se soucier de son aîné.
-       Bon, double charge pour moi ! déclara-t-il d’un ton joyeux. Vous devriez reculer, les gars !
Tous s’empressèrent d’obéir, curieux de voir Mugman à l’œuvre. Félix avait même discrètement sorti un carnet de sa sacoche pour pouvoir y consigner l’exploit du garçon, excité à l’idée de pouvoir de nouveau contempler ses pouvoirs. Bendy fronça les sourcils quand il s’aperçut que Cuphead, lui, n’avait pas encore bougé, complètement perdu dans ses pensées douloureuses. Il l’attrapa par le coude et le tira sans ménagement en arrière.  
-       La terre à la tête vide, tu écoutes un peu ? grogna-t-il. Ton frère nous a demandé de nous tenir loin.
-       Oh… Désolé…


Bendy fut tellement interloqué qu’il lâcha Cuphead. Venait-il à l’instant de s’excuser ? C’était nouveau, ça ! Et son visage… On aurait dit qu’il était hanté par quelque chose. Il aurait souhaité le questionner plus en avant, une pointe d’inquiétude dans l’estomac, lorsqu’une lueur bleue attira son attention. Mugman venait d’entrer en action ! Tous firent le silence alors que le benjamin de Cuphead rassemblait son pouvoir dans le creux de ses deux paumes. Yeux clos, bras croisés à hauteur de sa tête, il amenait à ses doigts toutes les particules de pouvoir qu’il pouvait trouver. Quand il fut satisfait de la quantité accumulée, il recula son pied droit afin d’assurer son équilibre puis balança ses bras en avant de toutes ses forces ! Les rayons bondirent en avant et se fracassèrent contre la paroi rocheuse. Celle-ci explosa littéralement sous l’impact et les yeux ébahis de la petite troupe.


Bendy, Boris et Félix bondirent en avant en piaillant, plus qu’impressionnés par le tour de force de leur jeune ami. Le seul qui semblait mécontent, en réalité, c’était Jackpot, terré sur l’épaule de Cuphead. Tout ce vacarme, c’était bien trop pour ses pauvres oreilles sensibles… 
Le louveteau sauta dans les bras de Mugman en riant.
-       Mon ami est meilleur que le tien, Bendy ! déclara-t-il en riant, extrêmement fier.
-       Pas moyen, répliqua l’intéressé avec un sourire en coin. Mug est mon copain aussi. Tu peux avoir l’autre.
L’autre en question se contenta de répondre à la pique par un soupir désobligé.

*

Une fois l’euphorie retombée, les aventuriers se remirent en route. Comme l’avait déduit Félix auparavant, il y avait bel et bien une cascade de l’autre côté de la paroi. Mais ce ne fut pas cet élément que retinrent les compagnons de route. Ce qui les stupéfia, en effet, c’était que la chute d’eau était inondée de soleil ! Boris poussa un cri de ravissement.
-       Enfin, la lumière du jour !
-       J’espère qu’on a trouvé une sortie, soupira Félix, soulagé à l’idée de pouvoir faire sortir ses compagnons de ce traquenard infernal.
Ils se mirent à avancer en silence. Alors qu’ils évoluaient vers la cascade, ils remarquèrent de nouveau cadavres d’araignées géantes, sauvagement démembrées, comme si on avait… mordu dedans. Un frisson parcourut le dos du mécanicien.
-       Vous aviez raison, monsieur Félix, concéda-t-il en essayant de ne pas laisser paraître l’anxiété qui perçait dans sa voix. Il y a vraiment une chose qui mange ces araignées… 
-       Mais, hé, peut-être que la chose en question est morte depuis longtemps ! proposa l’écrivain.
-       Hum…
-       C’est une théorie !
Mais on ignorait surtout qui le chat tentait de convaincre en avançant une telle hypothèse ; lui ou ses amis ? Jackpot, insensible à l’ambiance générale, s’était de nouveau faufiler entre les mains habiles de Cuphead afin de se faire câliner. Ce dernier, ravi de plus prodiguer des caresses, en oubliait presque son environnement macabre. Le doux sourire qui flottait sur ses lèvres attendrit son benjamin.
-       Il est tout doux… fit-il remarquer. Il te rappelle quelqu’un, n’est-ce pas ?
Un lointain souvenir enfantin, duveteux et chaleureux, affleura à la mémoire des deux frères. La maison leur manquait… Ils échangèrent un sourire, simples et heureux.


Quant à Boris, il avait à peine remarqué les cadavres qui jalonnaient leur parcours tant son attention était focalisée sur la carte léguée par les anges. Si bien que, lorsque le parchemin lui livra finalement l’emplacement exact du fragment de la machine, il s’exclama à voix haute, inconscient du danger :
-       Bon sang, c’est juste là, un peu plus haut ! On y est, les gars !
Félix s’empressa de lui indiquer de se taire, les yeux écarquillés. Le louveteau n’eut pas le loisir de le questionner sur l’urgence qui transparaissait soudain dans son regard. Un craquement associé à un monstrueux bruit de succion déchira soudain l’atmosphère. Les aventuriers s’empressèrent de gagner l’extrémité de la grotte et se dissimulèrent derrière un pan de la paroi. Puis, timidement, ils jetèrent un coup d’œil à l’extérieur. Ce qu’ils découvrirent les statufia sur place.


Leur tournant le dos, se délectant d’une araignée fraichement cueillie, à en croire les spasmes qui agitaient encore les pattes, une sirène se tenait à quelques mètres à peine d’eux. Elle était tout simplement gigantesque ! Au sommet de son crâne, une pieuvre endormie lui servait de couvre chef. Elle croquait délicatement dans son amuse gueule, sereine, ses immenses yeux noirs tournés vers l’infini de la mer qui se déroulait devant elle comme un immense tapi de miroir frappé de soleil.
Il n’en fallait pas moins pour que Bendy en tombe instantanément sous le charme. Il s’accouda au semblant de pan de mur pierreux qui les cachait, un soupir accroché aux lèvres. Son attitude surprit Cuphead qui se tourna vers Boris dans l’espoir d’obtenir des explications.  
-       Heu, donc, il les aime… grandes ? en déduit-il.
-       Celles-là sont ses préférées, répondit le louveteau dans un soupir désabusé, certainement habitué aux frasques amoureuses de son aîné.
C’était sans compter sur Félix qui rappela sèchement son lecteur à l’ordre. Balbutiant, celui-ci se détourna de sa contemplation, le rouge aux joues. L’écrivain leva les yeux au ciel puis se retrancha dans ses pensées. Oh, cela lui revenait maintenant !
-       C’est pourquoi le symbole à l’entrée de la grotte m’était familier. Il représentait une sirène de haute mer. Je suppose que je ne l’avais pas reconnue car elle était sous sa forme endormie. Mais tout comme les araignées de terre… Pourquoi est-elle géante ?
Boris sortit alors le nez de sa carte dans une grimace. Il avait une mauvaise nouvelle… 
-       Je ne crois pas qu’il faille la contourner, malheureusement… La pièce est dans sa tête.


Cette révélation sema le trouble parmi ses camarades. Dans la tête de la sirène ? Mais qu’est-ce qu’une pièce de l’Ink Machine pouvait bien faire dans la tête d’une sirène ! Un soupir découragé échappa à Félix.
-       Pourquoi doit-on tuer une si majestueuse créature ? se désola-t-il.
-       La question est surtout comment on va faire cette merde ? rétorqua Cuphead.
Tous les regards convergèrent vers Mugman qui observait avec attention leur nouvel adversaire. Quand il comprit que ses amis comptaient de nouveau se reposer sur lui, il chercha du soutien auprès de son frère. Cependant, celui-ci se contenta de lever un pouce en l’air avec un sourire crispé.
-       Allez, tu y vas et tu tires ! l’encouragea-t-il. Je crois en toi, frangin !
C’est là que le benjamin se rendit compte qu’il ne pouvait pas le moins du monde compter sur son frère. Quelle plaie… Il grommela quelque chose puis s’éloigna de quelques pas, vexé et déçu. L’attitude de Cuphead, plus que suspecte, poussa Bendy à se poser de sérieuses questions par rapport à son compagnon de route. Pourquoi diable refusait-il de les aider ? Reviendrait-il sur la promesse qu’ils avaient échangée ? C’était presque comme s’il était effrayé à l’idée de ti… rer… ?
Oh… 
Alors c’était ça.
Un discret sourire vint soulever le coin des lèvres du mécanicien. Il posa un regard neuf sur son ami, plus tendre, plus compréhensif. Ledit regard fut capté par Cuphead qui fronça les sourcils.
-       Pourquoi tu me fixes comme ça ? grogna-t-il.

 
Le sourire du malade s’élargit, amusé par l’attitude défensive du jeune homme.
-       Tu sais, Cup, tu n’as pas besoin d’abandonner ton pouvoir, lui indiqua-t-il avec une simplicité désarmante. Tu ne blesseras pas de nouveau ton frère, surtout si tu l’aimes autant.
Son conseil ne tomba évidemment pas dans l’oreille d’un sourd. Boris et Mugman, qui se tenaient juste à quelques pas, écarquillèrent les yeux, un éclair de compréhension coincé au fond de leurs pupilles. Le benjamin de Cuphead sentit le rouge lui monter aux joues en même temps qu’une éclosion de chaleur dans sa poitrine. Son frère était décidément… incroyable… 
De son côté, Cuphead se sentit rougir, mais alors rougir ! Il se terra dans le col de son manteau, plus gêné que jamais. Mais qu’est-ce qui avait bien pu traversé la tête de Bendy pour qu’il pense qu’exposer ses états d’âmes à lui était une bonne idée ?

 
Il jeta un regard incendiaire au petit mécanicien qui continuait à sourire. Un sourire qui l’empêcha de sombrer totalement dans une sorte de honte poisseuse, un sourire qui disait simplement que ce n’était pas grave, que c’était juste… normal. Quelque peu rasséréné, Cuphead accepta de sortir la tête d’entre ses épaules et croisa les bras au niveau de son torse.  
-       OK, c’est peut-être la raison ! admit-il avec le plus de mauvaise grâce possible. Mais je peux facilement tirer sur n’importe quoi, n’importe quand !
Mugman bondit alors dans ses bras pour une séance de câlinage dans les règles de l’art. Malheureusement, cette joie ne fut qu’éphémère. Soudain, la voix crispée de Félix s’éleva :
-       Désolé de ruiner le moment, mais Cuphead, tu dois voir ça !
Intrigué, l’intéressé s’avança. Un cri de stupeur et de peur mêlées lui échappa.
-       Jackpot !
Le chaton avait profité de l’inattention générale pour se faufiler en dehors de la grotte et entamer une balade en bord de mer, le museau au vent, irrésistiblement attiré par l’odeur iodée et poissonneuse d’une certaine sirène carnassière.
Et ladite sirène venait à l’instant de poser son regard noir sur son prochain repas.

jeudi 7 juin 2018

BENDY AND BORIS, CHAPITRE 27


 Bien le bonjour, tout le monde ! 

L'année scolaire s'achève doucement, mais sûrement. Bientôt, cours, stages, mémoire et soutenance seront derrière moi et je pourrai enfin goûter à des vacances bien méritées ! 

Mais en attendant la délivrance, je vous propose un nouveau chapitre de Bendy and Boris. Bonne lecture ! 


PS : Courage à tous ceux qui passent le bac ce mois-ci !




Les quatre compagnons de route poursuivaient leur exploration de la grotte, attentifs. De temps à autre, ils criaient le nom de leur ami manquant dans l’espoir de recevoir une réponse. Seul Cuphead ne se joignait pas à l’effort général, comme indifférent. Il avait fait émerger un peigne d’une poche intérieure de sa veste qu’il fixait depuis de longues secondes, comme si l’objet était capable de lui fournir des réponses aux questions qui tenaillaient sa pauvre cervelle. A cette vue, Bendy se rapprocha de lui et s’efforça de lui offrir un sourire encourageant.
-       Hé, peut-être qu’on va retrouver aussi Jackpot, lui suggéra-t-il.
Le nervi du Diable haussa un sourcil, pas le moins convaincu par cette proposition. Il passa son peigne dans sa chevelure élastique pour lui redonner un semblant de forme.
-       Ça m’étonnerait, répondit-il d’une voix égale. Il n’a pas dû survivre.
-       Ne sois pas un tel rabat-joie, mec… 

La mine chiffonnée de celui qu’il avait appris à considéré comme un ami toucha le mécanicien. Il devait réellement s’inquiéter pour le pauvre petit chat… Il asséna un coup de poing léger sur le bicep du frère de Mugman.
-       Allez, Cupperoo. Tu ne penses même pas ce que tu dis !
-       Si, je le pense, rétorqua l’intéressé à voix basse, mais j’espère avoir tort…
Mugman voulut s’approcher de son aîné pour le réconforter, mais il n’en eut nullement le temps. Tout à coup, un rugissement abominable s’éleva, statufiant nos quatre acolytes. Sous leurs yeux terrifiés, une gigantesque araignée venait de surgir des ténèbres ! Ses huit pattes monstrueuses brassaient l’air alors qu’elle fonçait vers eux, l’écume à la gueule. Les aventuriers savaient qu’ils devaient fuir ou, tout du moins, dégainer leurs armes, mais ils étaient pétrifiés à la vue de l’instrument de leur mort imminente. C’est alors que l’immonde créature s’effondra à quelques pas d’eux.


Tous retinrent leur souffle et l’un d’entre eux laissa même lui échapper un petit cri aigu sous la forme d’un filet de voix. Les jambes sciées par l’intensité de l’émotion qui les avait assaillie, ils s’entregardaient, tremblants à l’idée que le moindre mouvement pourrait attirer sur eux l’intention de l’araignée. Cependant, un éclat rougeoyant attira l’attention de Boris. Il écarquilla les yeux en constatant que du sang s’échappait des crocs du monstre en un flot épais et dense. Il humecta sa bouche desséchée de sa langue puis parvint enfin à balbutier : 
-       Attendez… Est-ce qu’elle est morte ?
Les compagnons de route n’en revenaient pas ! Maintenant que leur panique s’était quelque peu estompée, ils se rendaient compte que de larges béances s’ouvraient dans le corps de leur assaillante. La carapace épaisse avait été explosée par endroits sous la force de coups dévastateurs et des coupures cisaillaient son corps tout entier. Qui avait pu lui causer autant de dégâts… ? Un frisson parcourut la petite troupe. Ils n’étaient pas certains de vouloir rencontrer l’auteur de toutes ses plaies.
Néanmoins, ils y furent très vite confrontés. En effet, ils s’aperçurent que leur ennemie n’avait pas débarqué seule. Une silhouette se dressait sur son dos ensanglanté, une large épée à la main. Elle les observait depuis son perchoir, l’œil aiguisé, le visage fermé. C’était…  
-       Monsieur Félix ! s’exclama-t-on. 


Le chat leur offrit un sourire et son masque froid fondit instantanément comme neige au soleil. Il sauta du corps de sa victime, soucieux et heureux à la fois de retrouver ses camarades. Son sourire s’effaça très vite à la vue de l’abdomen bandé de Boris, de l’œil gonflé de Cuphead et des mines échevelées des deux autres.
-       Mon Dieu, que vous est-il arrivé, les gars ? s’inquiéta-t-il.
-       Monsieur Félix, le coupa le louveteau, c’était… !
-       Incroyable ! hurla le mécanicien en s’interposant entre son frère et son idole, les pommettes rosies d’excitation.


Félix, bien que surpris par l’intervention intempestive de son lecteur, eut la gentillesse de ne faire aucune remarque. Il rit, soulagé. On dirait que tout le monde allait bien… Il sentit quelque chose remuer contre sa poitrine. Le chat sourit légèrement puis écarta les pans de sa veste.
-       C’est bon, p’tit gars, le monstre est parti.
La tête toute ébouriffée de Jackpot émergea du vêtement sous les yeux ébahis des compagnons de route. Cuphead ne put retenir un cri de joie et courut récupérer le chaton. Celui-ci, ravi, se peletonna dans les bras du nervi du Diable. Il alla même jusqu’à frotter son front contre le menton de son ami en ronronant de satisfaction. Mugman, ravi de la tournure des évènements, se mit à gratouiller le ventre rond et chaud de l’animal. Tout était bien qui finissait bien… Quel soulagement ! Un soupir grave s’échappa de la poitrine de Félix. Pendant un moment, il avait perdu espoir…
-       J’étais si inquiet, avoua-t-il. Surtout quand j’ai vu ton sac sur l’araignée, Boris…
-       Mon sac ? l’interrogea vivement l’intéressé.
-       Oui. Regarde autour, je pense toujours qu’elle l’a.
Intrigué, le louveteau se pencha en avant pour confirmer les dires du chat. Un sourire éclatant étira ses lèvres à la vue de son sac à dos, toujours accroché à la patte de l’immonde créature. Il délaissa son frère et ses amis pour aller le récupérer. Pendant ce temps, Félix examina ses camarades, souhaitant leur apporter son aide s’ils étaient blessés. Heureusement, cela ne semblait pas être le cas, si on exceptait l’œil gonflé de Cuphead. Pour le moment, il n’y pouvait rien ; il fallait attendre que la poche de sang se résorbe.
L’aventurier remarqua que la fourrure de son petit lecteur, par contre, avait besoin d’être brossée : elle était plus dépeignée encore que celle de Jackpot !
-       Tu as été attaqué aussi, Bendy ? le questionna-t-il. Tu es tout échevelé…
-       Oh, non, c’est une histoire différente, le rassura le malade en préférant passer sous silence sa chute peu glorieuse dans le tunnel.
L’écrivain lui sourit avec douceur. Il fit surgir une brosse de sa sacoche enchantée et la brandit sous le nez de Bendy.
-       Hé bien, tu vas me la raconter pendant que je démêle tout ça, d’accord ?
Cette suggestion fit aussitôt monter le rouge aux joues à son interlocuteur. Ce dernier tenta bien de bafouiller une contestation, mais cette tentative se solda par un échec et il finit par accepter les bons soins de son idole, plus que ravi que celle-ci s’occupe de lui.


Boris, sur ces entrefaits, revint, chargé de son sac à dos. Il en profita pour demander à l’aventurier s’il pourrait ensuite lui emprunter sa brosse afin que lui-même remette un peu d’ordre dans ses poils, ce que Félix accepta tout naturellement. Une fois que ce dernier en eut fini avec son lecteur, il se recula d’un pas, satisfait du résultat.
-       Et c’est fini, annonça-t-il.
-       Merci, papa !
Un silence consterné tomba sur la petite troupe. Les mots étaient sortis avec un tel naturel que Bendy n’avait rien pu faire pour les retenir entre ses dents. Se rendant subitement compte de sa bourde, le mécanicien passa par toutes les couleurs : blanc, vert, puis rouge écarlate ! Il enfouit son visage entre ses mains et étouffa un cri de malaise contre ses paumes, monstrueusement gêné. Dans son dos, Boris peinait à réprimer un éclat de rire alors que Cuphead se fichait allégrement de lui, plus qu’heureux de le voir dans l’embarras. L’écrivain, touché par cette appellation, couvait le malade d’un regard tendre que ce dernier ne remarqua pas, trop occupé à essayer de se faufiler dans le sac à dos de son petit frère dans le vain espoir de disparaître à jamais de la surface de la terre.    
-       Cache-moi pour toujours, Boris ! suppliait-il.
Impitoyable, l’intéressé refusa aussi sec.


Il alla même jusqu’à repousser son aîné afin d’avoir accès au contenu de son sac à dos et en retirer la carte, soulagé de voir qu’elle était intacte. Si jamais l’araignée l’avait abîmée – ou pire ! détruite ! – il ne se le serait jamais pardonné.
-       Parfait, nous allons pouvoir nous remettre en route, s’exclama Mugman. J’ai hâte de sortir de cette grotte, elle me donne froid dans le dos.
Tous l’approuvèrent vivement. Les cinq aventuriers se remirent en route, soulagés d’avoir enfin réussi à se réunir. Ils ignoraient quels autres obstacles se dresseraient sur leur route, mais cela importait peu. Ensemble, ils pourraient les surmonter, ils en avaient la conviction.
Tous emboîtèrent le pas du louveteau qui avait revêtu un pull avec ravissement, soulagé d’avoir enfin quelque chose sur le dos. Boris avait le nez plongé dans la carte et avançait d’un pas sûr. Bendy trépignait d’impatience. Ils allaient enfin pouvoir mettre la main sur le premier fragment de l’Ink Machine ! A ses yeux, il s’agissait du premier pas vers sa guérison inespérée. Peut-être n’allait-il pas mourir, en définitive… Il avait l’impression de vivre un rêve éveillé.
Néanmoins, la mine sombre de son idole le préoccupait. Il finit par se racler la gorge puis s’adresser à lui, inquiet :
-       Quelque chose vous préoccupe, monsieur Félix ?
L’écrivain eut une moue pensive. Il finit par pousser un soupir avant de confier ses pensées au reste de la troupe :
-       Les araignées des rochers vivent toujours en groupe et sont rarement aussi grosses… J’ai remarqué des membres d’araignées avec des traces de crocs sur mon chemin. J’ai peur que quelque chose de bien plus dangereux nous attende plus loin.
Les quatre compagnons de route s’entregardèrent, anxieux. Il fallait qu’ils soient sur leurs gardes. A leur grand soulagement, cependant, ils ne rencontrèrent plus aucun monstre. Ce fut un autre problème qui se dressa bientôt sur leur route. 
-       Les gars ? les interpella le louveteau. La carte dit que nous devrions poursuivre dans cette direction, mais la route est bloquée… 
En effet, le chemin était encombré par d’énormes rochers. Un éboulement devait avoir eu lieu ! Impossible de continuer par là. Félix vint coller son oreille contre la paroi.
-       Je peux entendre une cascade… constata-t-il. Il y a quelque chose derrière !
Bendy s’avança aussitôt pour observer la caillasse. Plutôt satisfait de son examen, il recula d’un pas pour déposer sa sacoche et remonter ses manches, un sourire au coin des lèvres.
-       OK, débarrassons-nous de tout ça ! Ça ne semble pas bien lourd.


Cuphead, de son côté, leva les yeux au ciel, fatigué par les inepties qui pouvaient parfois sortir de la bouche du mécanicien. Comme s’il était possible qu’il soulève de tels blocs de pierre ! Tout ce qu’il allait y gagner, c’était un bon mal de dos et une nouvelle humiliation, comme si celle de tout à l’heure n’avait pas suffi. 
-       Ne te méprend pas, la crevette, intervint-il. Il n’y aucune chance que tu parviennes à…
Néanmoins, il eut tôt fait de ravaler ses paroles. Sous ses yeux ébahis, le malade venait de saisir à bras le corps un rocher qui faisait au moins le double de sa taille. Et le pire, c’était qu’il le soulevait dans les airs comme si de rien n’était !


Le mécanicien se recula de plusieurs pas pour déposer son fardeau. Il trottina ensuite vers l’amas de cailloux afin de renouveler son geste. Alors qu’il tenait un nouveau rocher contre lui, Boris l’interpella dans un soupir.
-       Ça va prendre une éternité si l’on fait ça, Bendy, fit-il remarquer.
-       Oh, alors tu suggères quoi ? le questionna son aîné.
-       Repose ça, d’abord, on va y réfléchir.
Le mécanicien haussa les épaules, mais obtempéra. Lui et son frère se mirent à débattre sur la façon de dégager la voie, très vite rejoints dans leur conciliabule par Mugman et Félix. Seul Cuphead demeura un moment en retrait, stupéfait. Il comprit avec surprise que Bendy était loin d’être aussi faible et pathétique qu’il ne l’avait cru au premier abord. Non, le malade cachait bien son jeu… En fait, si lui et Mugman n’avaient possédé leurs pouvoirs, ils auraient été battus à plat de couture depuis un long, très long moment.